Biographies

Le Bernin – le magnifique

domingo, dezembro 6th, 2009

Bernini ou Bernino (Giovanni-Lorenzo), célèbre culpteur et architecte italien, en français le Cavalier Bernin, né à Naples le 7 déc. 1598, mort à Rome le 28 nov. 1680. Il montra dès son enfance une intelligence extraordinaire et les plus grandes dispositions pour le dessin et la sculpture. A l’âge de huit ans, il sculpta en marbre une tête d’enfant avec assez de succès pour donner de grandes espérances. L’année suivante, Pietro vint s’établir à Rome, où l’appelait Paul V, et, dès son arrivée, il lui fut présenté ainsi que son fils. A la vue d’un dessin que, sur sa demande, Lorenzo venait de faire en quelques traits de plume : «Cet enfant, dit le pape, sera le Michel-Ange de son siècle», et il confia le soin de diriger ses études au cardinal Barberini, depuis Urbain VIII. Lorenzo se livra au travail avec passion; tous les matins, il se rendait au Vatican et n’en sortait qu’au coucher du soleil, dessinant les sculptures antiques, les fresques des grands maîtres, et donnant encore à l’étude une partie de la nuit. Quatre ans après il faisait le buste du cardinal Borghèse, avec une incroyable rapidité d’exécution et, à quinze ans, le Martyre de saint Laurent. Sacrifiant au faux goût de son siècle, et voulant exprimer la souffrance causée par le feu, il exposait ses jambes nues à l’ardeur d’un brasier et dessinait devant un miroir ses traits contractés par la douleur. Vers le même temps, il fit le buste de Bellarmin et la figure de la Religion que l’on voit au Gesù sur le tombeau du célèbre cardinal. Paul V lui commanda son buste et, de plus, quatre grandes figures pour sa villa du Pincio. Deux années suffirent à Lorenzo pour exécuter le David et les groupes       d’Enée, de Daphné et de Proserpine; il avait   dix-huit ans quand il les termina. Le succès fut immense; on venait en foule à la villa Borghèse pour admirer ces figures que l’on préférait alors aux chefs-d’œuvre de la statuaire antique dont elles étaient entourées. Grégoire XV ne fut pas moins bienveillant que Paul V pour le Bernin ; il le créa chevalier de l’ordre du Christ et, quand le pape mourut, l’artiste reconnaissant veilla jusqu’au dernier moment  près du lit de son bienfaiteur. Un mois après, Urbain VIII prenait la tiare et, le jour de son couronnement, il accueillit son ancien protégé en lui disant: «C’est un grand bonheur pour vous, Cavalier, de voir le cardinal Barberini élevé à la papauté, mais c’est pour nous un bonheur encore plus grand que le Cavalier Bernin vive sous notre pontificat.» Pendant les onze années de son règne, il lui montra toujours une affection paternelle et l’admit dans sa familiarité la plus intime. Après lui avoir imposé pendant deux ans une étude particulière de la peinture et de l’architecture, il le chargea d’élever sous la coupole de Saint-Pierre une construction monumentale. Bernin lui présenta le projet du baldaquin et suggéra l’idée de prendre pour l’exécuter les poutres en bronze du Panthéon. Il acheva en neuf ans cette œuvre dont les proportions colossales font presque oublier le mauvais goût. II eut aussi à décorer les quatre piliers qui supportent la coupole, travail qui plus tard lui suscita bien des ennuis. On prétendit en effet qu’il avait diminué la solidité des piliers, que des lézardes s’étaient produites dans la coupole, d’où la nécessité de l’entourer d’un cercle de fer. Rien n’était vrai dans ces allégations d’une envieuse malignité. Les cages d’escaliers dans l’intérieur des piliers dataient de la construction primitive, les lézardes et le cercle de fer étaient du XVIe siècle. 
Tout en dirigeant ces grands travaux, Bernin s’occupait d’autres ouvrages, moins importants, mais d’un meilleur goût, comme la statue de sainte Bibiane, et le tombeau de la comtesse Mathilde. Il ne s’accordait pas de repos, ses forces s’épuisèrent, il fut pris de fièvre et l’on craignit pour sa vie. La consternation fut générale, le pape ordonna que son médecin vit le malade deux fois chaque jour et, lui-même, accompagné de seize cardinaux, il alla le visiter. Pendant sa convalescence, trop faible encore pour reprendre son travail habituel, Bernin s’avisa d’écrire des comédies qui furent jouées, avec le plus grand succès, par ses amis et ses élèves. En 1639, cédant à l’insistance du pape, il se maria et, de préférence aux grands et riches partis qui s’offraient à lui, il choisit dans une famille honorable, mais de condition assez modeste, une charmante jeune fille. Cette union fut heureuse. Le nom du maître était célébre alors, non seulement en Italie, mais dans les pays étrangers. Philippe IV, d’Espagne, lui commandait un grand crucifix en bronze pour l’Escurial; le duc de Modène, le roi Charles 1er, le cardinal de Richelieu voulaient avoir leur buste de sa main. Pendant les dernières années d’Urbain VIII, il fit encore un nombre de travaux considérable. La façade du palais Barberini le classa parmi les maîtres en architecture; il construisit la fontaine de la Barcaccia; celle du Triton et beaucoup d’autres; il éleva les deux malheureux clochers du Panthéon et l’une des deux tours commencées par Charles Maderne et qui devaient surmonter la façade de Saint-Pierre. Ses ennemis lui rendirent le service de faire abattre, sous Innocent X, cet ouvrage inachevé. Enfin, Urbain VIII chargea le Cavalier de lui préparer un tombeau qui ne fut terminé qu’après la mort de ce pontife. Innocent X, qui lui succéda, était l’ennemi des Barberini, les créatures d’Urbain VIII, et Bernin au premier chef, tombèrent en disgrâce, mais le Cavalier comptait à Rome  beaucoup d’amis de haut rang, et l’un d’eux, le cardinal Cornaro, lui commanda  le groupe de Sainte Thérèse. Le travail est d’une extrême finesse, mais l’expression voluptueuse de la sainte et le sourire peu céleste de l’ange font penser à l’amour profane plutôt qu’à l’amour divin. C’était l’œuvre préférée du maître. Innocent X avait demandé aux principaux architectes de Rome, sauf au Bernin, un projet de fontaine pour la place Navone, mais aucun de ces dessins ne le satisfaisait. Un modèle fait par le Bernin à la demande du prince Ludovisi, fut  placé comme par hasard sur le passage du pape et lui plut tellement que, le jour même, il demanda  le Cavalier et le chargea de construire la Fontaine. Quand elle fut achevée, il vint la voir, en fut enchanté, puis demanda quand les eaux joueraient. Bernin répondit qu’il mettrait  tout son zèle à satisfaire au plus tôt  Sa Sainteté; sur quoi le pape lui donna sa  bénédiction et partit, mais à peine eut-il fait quelques pas qu’il entendit le bruit des cascades  et, ravi du spectacle qu’elles présentaient. «Bernin, dit-il, cette charmante  surprise me fera vivre dix ans de plus.» A partir de ce jour, il lui témoigna la plus grande bienveillance, disant que «le Bernin était né pour vivre avec les princes». En effet  dans sa longue carrière au service de neuf papes, le Cavalier dut  leur constante faveur à ses qualités de parfait courtisan  non moins qu’à son mérite. Parmi les nombreux travaux qu’il fit on commença  sous Innocent  X, on peut citer le tombeau de Santa Francesca Romana et le palais de Monte Citorio, l’un de ses meilleurs ouvrages. Alexandre VII (Chigi), dès avant   sa promotion au cardinalat, était  lié d’amitié avec Bernin. Parvenu à la papauté, il le nomma  architecte de la Chambre, et le Cavalier conserva toujours cette charge très enviée. Il était alors au comble de la gloire et de la fortune. Christine de Suède, retirée à Rome, le visitait dans son atelier et touchait de sa main l’habit poudreux du sculpteur. Le pape voulut aussi, comme Urbain VIII, l’honorer de sa visite et  l’idolâtrie populaire s’accrut encore en le voyant se placer au rang des grands maîtres  par ses deux plus beaux ouvrages d’architecture: la colonnade de la place Saint-Pierre et l’escalier royal du Vatican. La colonnade et les galeries rectilignes, qui font  suite à ses avenues  demi-circulaires, dissimulent dans leur admirable perspective l’irrégularité du terrain et le défaut  d’harmonie que présentaient les lignes des deux places. C’est un décor sans rival. En refaisant l’escalier royal, Bernin se montra constructeur de premier ordre et non moins habile dans l’ornementation. II exécuta ou dirigea sous le pontificat d’Alexandre VII d’autres travaux, statues, églises, palais, etc., en nombre incroyable, et qui, pour la plupart, furent achevés dans l’espace de dix ans. De plus, il commença  la grande composition de la tribune dans l’abside de Saint-Pierre. Cet  immense décor est, dit Cicognara, une des oeuvres les plus grandioses du Bernin, mais de son plus mauvais goût. Il fut exécuté en trois ans. Pendant  qu’il dirigeait ces immenses travaux, le Cavalier fut appelé en France. Louis XIV voulait achever le Louvre. Colbert, peu satisfait des plans que lui soumettaient les artistes français, résolut de consulter les architectes de Rome et notamment  le Bernin. Le projets des autres maîtres italiens ne furent pas agréés; celui du Cavalier fut aussi l’objet de critiques dont s’offensa  la vanité du maître; il consentit pourtant, sur les instances du cardinal légat et de l’ambassadeur de France, à envoyer de nouveaux plans qui plurent davantage; mais pour s’entendre à ce sujet  plus facilement, on résolut de faire venir le Bernin à Paris. Louis XIV écrivit au pape, pour lui demander qu’il permît à Bernin de quitter Rome, et  adressa, par courrier exprès, au Cavalier, la lettre la plus flatteuse. Le roi Louis XIV lui demanda de faire son buste en marbre et vint poser dix fois dans son atelier. Ce buste est à Versailles, dans la galerie de Diane. L’esprit du Cavalier et  sa finesse de courtisan furent appréciés; mais ses critiques, justes quelque fois, et sa dédaigneuse vanité firent une impression fâcheuse. II recevait  mal les observations de Colbert sur les plans du Louvre. Dans son projet, la cour du Louvre prenait la forme d’une croix grecque et les chefs-d’œuvre de Pierre Lescot  et  de Paul Ponce disparaissaient en grande partie. Il n’avait  d’ailleurs aucun souci de l’aménagement  intérieur et de la distribution des logements, pas même de celui du roi, disant que cela regardait le grand maréchal des logis. Ce qu’on a dit de son admiration pour l’œuvre de Perrault est  du reste complètement dénué de fondement. La colonnade du Louvre n’était pas commencée et le Cavalier ne paraît pas en avoir vu le projet. Enfin, le 17 octobre le roi posa en grande cérémonie la première pierre de la façade du Louvre. Le 20, Bernin quitta Paris, magnifiquement  rémunéré par Louis XIV. On crut voir cependant qu’il était peu satisfait et  l’on fut surpris, non sans raison, qu’il n’eût remercié ni le roi, ni Colbert. De retour à Rome, il reprit le cours de ses grands travaux. Clément IX, Clément X  et  Innocent  XI  lui montrèrent autant de  bienveillance que leurs prédécesseurs. Sous Clément IX  il fit, pour le pont Saint-Ange, les statues qui le décorent. Vers le même temps, il exécuta  la statue équestre de Louis XIV, qui, plus tard, apportée à Versailles, fut transformée en Marcus Curtius et placée près de la pièce d’eau des Suisses. Sous Innocent XI, Bernin termina le tombeau  d’Alexandre VII, le dernier de ses ouvrages  importants. Il n’avait rien perdu de son activité juvénile, quand, à l’âge de 82 ans, il fut frappé  d’apoplexie et mourut quelques jours après. On lui fit des funérailles magnifiques, et  il fut enterré à Sainte-Marie-Majeure. Le Bernin était de taille médiocre, assez maigre; il avait le teint brun, les cheveux et les yeux noirs, le nez aquilin, une physionomie imposante et très expressive. II était  fort  irascible, il parlait facilement et avec esprit. Aucun statuaire n’a tant produit. Il  exécuta  de sa main trente-sept  bustes  et  cinquante-huit statues; de plus, cinquante ouvrages d’architecture furent élevés par lui-même ou sur ses plans. On le regarde généralement comme personnifiant, surtout en sculpture, le mauvais goût de la décadence et, s’il ne fit que suivre à cet  égard  la tendance de son siècle, on peut dire que par ses talents mêmes  et  son incontestable supériorité, plus que personne il en hâta les progrès.»

A. LE PILEUR, article «Bernini» de La grande encyclopédie (1885-1902): inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Paris, Société anonyme de «La grande encyclopédie»,Tome sixième, p. 390-392.